LE MULET A LA MOUCHE EN RIVIERE, UNE PECHE D’AVENIR

Ce poisson est présent sur la plupart des grands fleuves en France en abondance et de plus en plus, à l’inverse de l’alose qui a presque disparu. Je dis en abondance car quelques fois en pêchant sur la Garonne ou la Dordogne, on se demande s’il n’y a pas plus de poisson que d’eau. Au coup du soir, presque à la nuit, je me suis trouvé avec des amis, entouré de poissons sortant la dorsale de l’eau, j’ai eu l’impression de me retrouver en Colombie Britannique quand les saumons pink remontent les rivières, mais cela se trouve en France ; personne ne se préoccupe de ce poisson, pourtant au bout d’une canne à mouche, quel plaisir puisque la majorité des poissons est entre 2 et 5 livres. Je vais essayer en quelques lignes de vous dire comment prendre ce poisson.

Un mulet de 55cm

L'auteur avec une belle prise !!

Une belle bagarre !!!

Il est réputé imprenable, sauf avec des montages particuliers et des appâts naturels ; la mouche est certainement un des plus faciles mais pour cela il faut respecter quelques règles élémentaires pour réussir cette façon de pêcher.

La première condition est de trouver les endroits où les mulets sont présents dans les courants à faible profondeur, pour cela il suffit d’observer avec des lunettes Polaroïd le déplacement de ce poisson.
La deuxième est la discrétion et pour mieux les observer, de se mettre dans l’autre sens, c’est-à-dire se mettre au milieu de la rivière et de pêcher et d’observer les poissons. Dès l’instant où vous vous déplacez au bord de la rivière ou du fleuve, le mulet s’enfuit au moindre bruit, mais il ne se méfie pas si vous êtes dans l’autre sens, il ne voit pas le danger quand la soie vient du milieu de la rivière.

La troisième condition est de pêcher les jours assez  gris ou après un orage quand l’eau a légèrement monté, cela est valable pour pêcher durant la journée. Pour les jours chauds, le soir très tard ou le matin très tôt sont très bons mais cela est court.

La quatrième condition est de pêcher en période estivale, en juillet et août ; cela nous arrange, nous les moucheurs surtout au mois d’août, car il n’y a plus grand chose à prendre comme salmonidés.

La façon de les prendre :
Il y a deux façons de les prendre, une en noyée aval, l’autre en nymphe travers amont.

La pêche en noyée aval avec une nymphe est très payante, il suffit de lancer aval légèrement en travers et de laisser dériver ; le plus importante est, à l’inverse des salmonidés, de ne pas animer du tout ; là réside la réussite souvent en fin de course. La soie s’arrête simplement comme si on avait accroché le fond et avec un certain temps de retard le fond bouge, un mulet est au bout, la touche avec cette façon de pêcher est insignifiante, le mulet n’attaque pas la nymphe, il la mange sans violence c’est pour cela que l’on ne sent presque rien, par contre ensuite tout se complique. Le démarrage est impressionnant et souvent difficile à maîtriser ; quand on a de bonnes notions de maîtrise des gros poissons tout se passe bien sinon gare à la casse…il ne faut pas oublier que cette pêche se pratique aval. Cette façon de pêcher convient bien quand il y a très peu d’eau, de 30 à 60 cm sur les bordures.

La deuxième façon de pêcher est plus conventionnelle, elle consiste à pêcher en travers à la nymphe ; tout réside dans la présentation à ras du fond ; pour cela quelques plombs sur le bas de ligne améliore la pêche, il faut en mettre jusqu’au moment où on passe à ras du fond. Les touches sont très difficiles à repérer car souvent il y a plusieurs touches sur la même dérive. On croirait un vairon qui touche à la nymphe, il faut immédiatement ferrer dans un temps très bref et comme pour la pêche aval, on pense que l’on a accroché le fond et pourtant au bout de quelques secondes, le fond bouge et le démarrage ensuite peut devenir violent ; pour cette façon de pêcher, un indicateur de touche peut servir, je préfère utiliser une soie de couleur claire. Avec ces 2 façons de pratiquer, les bons jours nous faisons entre 10 et 20 poissons par après-midi et par pêcheur. Quand le niveau va bien et lors des plus mauvaises journées, c’est-à-dire quand il fait très chaud et avec du soleil, nous prenons de 5 à 10 poissons tout de même, tout en étant une mauvaise journée, c’est quand même intéressant, car prendre 5 poissons de 2 à 5 livres et des poissons de mer qui tirent comme des démons, et tout ça en France, quel plaisir !

La nymphe rouge a bien marché !!!

Un beau poisson !

Le matériel :
Il doit être sans faille car un mulet accroché malencontreusement par le dos peut vous faire des dégâts. Une canne de 8P6 à 10 P en soie 7-8 est parfaite ; il vaut mieux de 8P6 à 9P car à la fin de la journée, elle sera plus agréable et surtout avec cette longueur on amène plus rapidement le poisson, et on le décroche plus vite.

Je préfère la soie de 8 car elle permet de brider les poissons un peu puissants, en effet un mulet de 5 livres dans un courant n’est pas facile à ramener. Mais il faut prévoir car nous avons touché quelques barbeaux, en effet avec cette technique d’autres poissons s’invitent avec notre façon de pêcher. Cette année, j’ai touché des carpes, alors une carpe de 10 livres en rivière, il faut prévoir cela.

Le moulinet doit être de bonne capacité pour recevoir une soie de 8, si possible de couleur claire, et 100 à 150 mètres de backing ; c’est la seule pêche en France où l’on voit régulièrement la soie + le backing dehors, c’est vraiment palpitant.

Pour le bas de ligne, une longueur de canne en dégressif 35/100, 30/100, 25/100 et une pointe en 20/100 est parfait pour cette pêche, avec éventuellement quelques plombs N°6 sur le bas de ligne.

Les trois modèles de nymphes en photo sont bien adaptés, trois couleurs sont nettement suffisantes. Certains jours le rouge marche, le lendemain il ne marche pas, on ne sait pas pourquoi, alors je mets du noir et ça fonctionne.
Les hameçons doivent être très piquants et assez forts de fer ;on peut pêcher sans ardillon, cependant je préfère le laisser, je n’ai jamais pris de mulet avec une mouche avalée, elle est toujours sur le bord des lèvres, donc il est relativement facile de les décrocher et de les remettre à l’eau sans mal.
Avec cette  technique, nous prenons d’autres poissons, des gardons, beaucoup de brèmes et des chevesnes, j’ai même vu prendre un sandre de 70 cm.

Sur une grande rivière à la pêche au mulet on ne s’ennuie pas, la journée est bien remplie en période estivale, cela permet de combler la mauvaise période de pêche au mois d’août. Cette technique permet de donner un avant-goût du poisson migrateur et de vous préparer à la saumonite.

Texte et photos : Jacky Boileau

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www.jacky-boileau.com

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